Grande séance de soin

performance-installation

 

En 2020, j’ai travaillé dans une entreprise de pompes funèbres à Paris. Il y a une chose qui nous a échappée, c’était le temps. Le temps de prendre soin. Le temps de faire les choses bien. Pourquoi ? Est-ce qu’il y avait urgence ? Il y avait en tout cas, beaucoup de morts à gérer, et trop de vivants désemparés. Alors comment on vit ça ?

 

J’ai compris que les rituels étaient importants. J’ai compris qu’ils nous fallait des espaces sereins et sécuritaires, pour nous permettre d’être là en conscience. J’ai compris qu’il nous fallait réinventer nos gestes. J’ai compris qu’il fallait revenir vers soi, très fort, pour pouvoir aider et comprendre. J’ai compris qu’il nous fallait des objets, parfois. J’ai compris qu’il nous fallait des textes et du son, d’autres fois. J’ai compris qu’il nous fallait être en groupe, mais avec des espaces de solitude respectés. J’ai appris l’existence du métier de thanadoula, qui arrive lentement en France. Une doula offre un soutien non médical durant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale. Et pour guider les mourants et leur famille, des accompagnateurs de fin de vie ont ajouté le préfixe thana, raccourci de thanato, élément du grec qui fait référence à la mort. J’ai lu « Au bonheur des morts » de Vinciane Despret, qui est une magnifique prise en compte de tous, et un regard curieux sur l’imperceptible. J’ai compris qu’il était important de raconter les histoires, et pas que avec des mots. J’ai aimé les arbres, et senti l’énergie de la nature dans les cimetières, alors que toute la ville était enfermée. J’avais besoin de ces moments de vert, de vivant, de vent. J’ai compris que j’aimerais faire des liens entre tout ça. Comment faire des liens entre la mort et le soin ? Deux gros mots. J’ai lu et entendu des choses sur l’écoféminisme (avec Sandra Laugier ou Jeanne Burgart Goutal comme références) et ça a fait écho. J’ai beaucoup pratiqué l’ASMR, une technique de relaxation maintenant connue et étudiée, qui peut provoquer des sensations agréables, en réponse à du stimulus visuel, auditif, olfactif et ou cognitif. J’ai eu envie d’apporter une modification visuelle et sensorielle, dans des moments de vie banals.

 

C’est à peu près comme ça que j’en suis arrivée à l’envie de proposer cette performance - installation : Grande séance de soin. Je vois ce projet comme une sorte de cérémonie, un rituel, pour revenir à soi. C’est aussi une expérience proposée par des objets, une porte ouverte sur toutes les imaginations, et une reconnaissance des subjectivités.

 

Comment créer un terrain pour le soin ? Comment recevoir ? Comment informer nos corps de douceurs ? Comment prendre en charge poétiquement ? Comment essayer d’être concient.e là où l’on est ? Est-ce en captant des choses de l’imperceptible ? En s’interrogeant sur nos sensations ? En étant attentif.ve.s ? Concentré.e.s ? En faisant confiance ? En se faisant confiance ? Dans quels espaces peut-on avoir confiance ? Dans quelles situations pouvons nous avoir confiance ?

Il y a beaucoup de réponses possibles à toutes ces questions. J’aimerais proposer une réponse dans cette performance, qui est actuellement en recherche, et entrain d'être créée, avec le soutien de l'Amicale <3.

BIENTÔT